[XXIe] "Amoureux grave" E. Brami, P. Lopparelli

Publié le par Aurelie

 

Amoureux grave

Elisabeth Brami (textes)

Philippe Lopparelli (photographies)

 

 

electrotopia

 

 

     Plus de vertige immense et doux. Vide sans pesanteur.

 

     Se fondre, devenir un limbe diaphane.

 

     Ni forme, ni couleur : transparence.

 

     Limpidité froide sans prolongement ni limite.

 

     S'écouler, s'étendre à l'infini.

 

     Effilochement nuage brume sucrée.

 

     Continuer sans vivre une inconsistante et impalpable existence. Se dilater, être au monde, n'être ni à l'intérieur ni à l'extérieur de soi, n'être rien mais partout, glisser sans mouvement, sentir, être conscience de tout, non : être tout.

 

     Impuissance et puissance immensément vetigineuses, décoloration de soi, n'être lié ni attaché à rien.

 

     Adolescence convalescente, battement silencieux sans tristesse ni ivresse. Souriante langueur, douce neutralité d'exister, lassitude tiède.

 

     Ne plus se sentir vivre. Abandonner son corps et se retirer, se circonscrire dans un coeur infiniment petit. Ne plus regarder, ne plus écouter, mais voir et entendre la multitude du monde et de soi-même.

 

     Ni mots ni regards. Présence impalpable et sensible. Ne pas avoir peur surtout. Sombrer dans la douceur suavement inconnue et se perdre en tout, et se perdre à jamais, douloureusement ivre.

 

     Mourir mais être au monde.

 

     Connaître le suave naufrage de l'existence.

 

 

Publié dans Anthologie personnelle

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