"Trois vies chinoises" Dai Sijie

Publié le par Aurelie

Trois vies chinoises

Dai Sijie

Éditions Flammarion, 2011

 

 

Un sourire indulgent se dessina sur ses lèvres. Il en était certain, il jouerait mieux le rôle.

 

 

troisvieschinoisesSur l'île de la Noblesse, gigantesque dépotoir de déchets électroniques à ciel ouvert, trois vies en parallèle, celles du neveu, de Bogart et du fils cadet. Trois anonymes qui pourraient être tout le monde. Le premier est atteint de la progéria et surnommé Ho Chi Minh, le second voit sa femme dépérir à cause d'une intoxication au plomb, et le dernier est hanté par le souvenir d'un frère devenu fou.

 

 

Trois vies chinoises est un recueil de nouvelles, mais je dois tout de suite prévenir ceux qui se disent déjà "moi, je n'aime pas lire des nouvelles". Ces trois histoires sont toutes liées les unes aux autres, et cela surtout à cause de la correspondance du lieu. L'auteur choisit avec délicatesse de dépeindre une île fictive pour décrire ces vies brisées par des affections bien réelles, j'en suis sûre. Que ceux qui ont du mal avec les recueils de nouvelles ne soient pas inquiets et ne ratent pas une occasion de lire ce roman très touchant.

 

Des déchets électroniques partout. On se croirait presque à la fin du monde. C'est digne d'un roman de science-fiction, mais le souci c'est que c'est la vraie vie. En tout cas, on le suppose. Cette indécision permet de créer une certaine distance qui installera certains lecteurs dans le confort du romanesque, et pour les autres qui choisiront le camp adverse, l'indignation et le chagrin seront leurs compagnons de lecture. Si l'auteur avait choisi de décrire de réels faits divers, cela aurait été plus frappant, mais peut-être trop violent. Dans tous les cas, il donne le choix.

 

Son écriture est d'ailleurs toute en pudeur et en recul. Il dit les choses telles qu'elles sont et nous évite des séances de pathos dégoulinant. Dans la première nouvelle, il joue sur le décalage entre la naïveté du personnage et la situation que le lecteur comprend. Le roman est également empreint de poésie, parfois délicate, parfois dure et grave quand les métaphores doivent montrer la réalité du monde. Enfin, c'est court et lu très vite, pour ainsi dire dévoré, comme Balzac et la petite tailleuse chinoise.

 

Un plaisir de lecture... même s'il est un peu douloureux.

 

 

Les avis de :

    Tu lis quoi, toi?

"La force poétique l'emporte, et on s'attache à ces vies si éloignées de notre monde douillet."

    Nouvel Obs

"Pour évoquer des tragédies intimes comme pour dénoncer les méfaits de la civilisation, l'auteur se refuse à adopter un ton tragique ou moralisateur. Il préfère la manière à la fois gracieuse et féroce de la fable."

    Panorama de lectures

"Dans cette île sinistre existent encore des êtres exceptionnels, avides de liberté d'amour et d'art, prêts à sacrifier leurs vies pour ceux qu'ils aiment."

 

 

Thèmes : littérature française / Chine / famille / société / pollution / maladie

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