"Le goût des pépins de pomme" Katharina Hagena

Publié le par Aurelie

Le goût des pépins de pommes

Katharina Hagena

Trad. de l'allemand par Bernard Kreiss

Éditions Anne Carrière, 2010

 

 

J'en déduisis que l'oubli n'est pas seulement une forme du souvenir,

mais que le souvenir est aussi une forme de l'oubli.

 

 

goutpepinsLa grand-mère d'Iris vient de décéder. À l'occasion de l'enterrement, Iris retrouve cette maison familiale remplie de souvenirs de son enfance. Elle apprend que la demeure lui est léguée. Ne sachant si elle peut accepter, Iris passe quelques jours sur place pour prendre sa décision. Les lieux font resurgir en elle tous les souvenirs et elle retrace l'histoire d'un drame familial.

 

 

Ce roman, très soutenu par les libraires, mérite toutes les éloges qu'on lui fait. Pour moi, il est arrivé pile au bon moment. Un mois après la mort de mon grand-père, je tentais de retracer son histoire avec les agendas retrouvés dans ses placards.Et c'est toujours une bénédiction quand un livre tombe à pic.

 

L'auteur dépeint une grande fresque familiale par petites touches, souvenir après souvenir. Chacun d'entre eux prend place au coeur de cette vieille maison. Pour Iris, la question est tout d'abord de savoir s'il est bien sain de garder cette maison et de penser y vivre. Elle appartient plus au passé qu'au présent. Est-ce un lieu de vie ou un sanctuaire pour les fantômes? Les souvenirs reviennent à Iris de manière désordonnée. Le lecteur se retrouve face à un puzzle devant lequel il est toujours en suspens car la pièce centrale n'est découverte qu'à la fin du roman. Iris doit trouver le courage de faire sortir toutes les pièces de terre, de se rappeler des bons moments comme des mauvais pour faire une sorte d'enquête sur sa famille.

 

Dans ce roman, les lieux développent donc une vie propre et sont des personnages à part entière. La nature réagit aux événements vécus par la famille ou par Iris au moment de son séjour. Une nuit d'amour sous le pommier fait miraculeusement mûrir des pommes en plein mois d'août.

 

Katharina Hagena lève les voiles un par un et fait doucement progesser le roman avec une écriture qui prend son temps. C'est le temps qu'il faut à Iris pour faire une sorte de thérapie et reconstruire cette saga familiale en démêlant tous les noeuds du passé. La réflexion sur l'oubli et le souvenir est très fine, appuyée par le personnage de la grand-mère. Un très beau moment de lecture.

 

 

Les avis de :

    Les lectures d'Anna

"C'est un roman à la fois mélancolique, nostalgique et plein de douceur."

    Mademoiselle Coquelicot

"Ce livre comporte tous les ingrédients d'un roman réussi."

    Les écrits d'Antigone

"Une lecture au doux parfum de campagne et d'enfance."

 

 

Thèmes : Famille / Deuil / Oubli-souvenir

 

***

 

"Vous savez, les enfants, il y a trois choses que l'on peut contempler continuellement sans jamais s'en lasser. L'une de ces choses, c'est l'eau. L'autre, c'est le feu. Et la troisième, c'est le malheur des autres."
p174

 

Lire signifie collectionner, et collectionner signifie conserver, et conserver signifie se souvenir, et se souvenir signifie ne pas savoir exactement, et ne pas savoir exactement signifie avoir oublié, et oublier signifie tomber, et tomber doit être rayé du programme.
P21

 

Les histoires que l'on me racontait étaient-elles plus vraies que celle que je fabriquais moi-même à partir de souvenirs épars, de suppositions et de choses apprises en écoutant aux portes? Les histoires inventées devenaient parfois vraies au fur et à mesure, et nombre d'histoires inventaient la vérité.
P203

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