"Mercredi mensonge" Christian Grenier

Publié le par Aurelie

Mercredi mensonge
Christian Grenier
Ed. Bayard jeunesse, coll."Millézime", Montrouge, 2004.



Papy Constant est un vieil homme de 92 ans. Il habite la ville de Deuil-la-Barre en banlieue parisienne. Chaque mercredi midi, il vient rendre visite à son fils Vivien, habitude qu'il n'a jamais bousculée. Un jour Vivien se voit promu à un poste avantageux qui le force à partir pour Lyon avec sa femme et sa fille. Craignant que son père se sente abandonné, il ne lui avoue pas la vérité, et revient sur Paris tous les mercredi midi. Isabelle, sa fille, n'approuve pas cette décision et se voit séparée de son grand-père qu'elle chérit, et de Jonathan, son jeune amoureux.


    Il y a des romans que j'adore car ils sont confortables. On peut glisser dedans comme dans un bain, et on s'y sent bien. Celui-ci en fait partie, et je pense que cela a beaucoup à voir avec le style de Christian Grenier.
    On entre très facilement dans ce roman à la saveur nostalgique et triste. La jeune Isabelle, une adolescente de 16 ans est la narratrice. Son point de vue est très important pour l'histoire. Elle représente pour son grand-père à la fois l'avenir et il lui rappelle sa jeunesse : elle est donc le réceptacle de ses souvenirs et de ses conseils. Elle est également beaucoup plus patiente que Vivien, son père. Ce dernier est dans une impasse sentimentale : il ne sait plus comment se comporter avec son père et cela le pousse à exécuter ce rituel hebdomadaire et mensonger, humiliant pour tout le monde.
    Les thèmes de la vieillesse et de la séparation avec la famille sont ici abordés avec beaucoup de finesse, d'authencité et de réalisme - par ailleurs, thème assez peu abordé en littérature jeunesse. Papy Constant n'a rien d'exceptionnel : il radote souvent, reste plongé dans le récit de ses souvenirs, garde un quotidien rythmé par les habitudes. Mais grâce à Isabelle, le lecteur voit les choses sous un autre angle : la solitude, la morosité, l'ennui... Elle réalise grâce à Jonathan qu'il faut profiter de la présence de son grand-père tant qu'elle peut. Plus elle se sait éloignée de Constant, plus elle se rapproche de Jonathan : il est la transition, le passage à l'âge adulte.
    Christian Grenier enchante grâce à une écriture fluide qui donne toute sa beauté à cette simple intrigue. Cela tient beaucoup à son usage des métaphores et des images. Chacune d'entre elles aide à construire les personnages, l'action, les pensées avec poésie et légèreté malgré la gravité du sujet. Ces formules, on les retient et on les médite. Certes, il octroît aux deux adolescents une maturité un peu plus importante que la moyenne, mais cela est atténué par le fait qu'ils ont une importance primordiale : ils perpétuent la chaîne de la vie.

Thèmes : famille / vieillesse / solitude

*** *** ***

Je porte en moi tous les âges que j'ai eus, Isa : quinze, trente, cinquante ans. Je suis la somme de tous ces individus. Pourtant, je suis, en fin de course, le seul qui reste en vie aujourd'hui, tu vois. [...] La vie est une sorte de montagne. Quand tu es jeune, tu n'en vois pas le sommet. Il te semble lointain, inaccessible. Quant à la mort, elle n'existe pas non plus ; même si tu la côtoies parfois, elle est une idée abstraite, une vue de l'esprit. Et puis, d'un coup, tu sais que le sommet a été franchi. [...] Un jour, tu te rends compte que tu dégringoles, tu te trouves désormais sur l'autre pente. Le sommet, tu n'en prends conscience qu'après l'avoir dépassé. Quand tu es de l'autre côté de la vie.
Constant, P116-117

Publié dans Romans Jeunesse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article